déc. 2005
Des causeries du Nouvel An

Un jour vous aurez envie d'une vraie soupe à l'oignon. Très tard, sans doute, après une longue soirée d'errance, une histoire d'amour qui se prend un coup de blues avec la fatigue, un frisson le long du dos, ce n'est rien, juste un peu froid.

Philippe Delerm, « Bouillon du petit jour » dans Paris l'instant, Paris, Fayard, coll. « Le livre de poche », 2002, p. 97-98.


Eh bien voilà, une autre année s'achève. Je sais bien que, pour certains, c'est l'heure des bilans. La terre a achevé son ellipse, et moi je tourne mes souvenirs comme le nouveau mélangeur que j'ai acheté hier. Je te jure, faudrait vraiment que tu viennes dîner cette année, je ne suis plus cuistre, mais cuistot, et je m'emmerde parfois dans mon logement en préparant ma sous-sole.

Reste que je te remercie d'être là, ça me fait chaud au cœur quand le café est froid. Mon chez-moi est petit, et une douzaine dans ma causeuse, ce serait un peu à l'étroit. Parce qu'on cause, tous les deux, n'est-ce pas? Enfin, tu m'écoutes raconter mes âmeries, mes âneries surtout, je t'imagine froncer les sourcils ou relever les commissures des lèvres (voire la jupe, c'est plus fort que moi), parfois, et c'est tout ce dont j'ai besoin. T'es pas une nana, enfin pas de celles qui te dégorge le poireau pour te remercier de ta vichyssoise, un jour, puis qui te tombe sur la tomate parce que t'es pas du gâteau, le suivant. Une anana, s'il faut employer le préfixe grec.

Je te souhaite une bonne année. Et je t'embrasse avec la langue.

À défaut de pouvoir te voir.
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Des cyniques
Bon, entendons-nous ma chère : c'est quoi le truc de ces gus qui aiment pas le temps des Fêtes? Non mais, en matière de tu-me-gâcheras-pas-mon-bonheur-sale-cynique-de-mes-deux-semaines-de-vacances, on fait pas mieux.

Noël, c'est le seul temps de l'année où tu peux prendre une photo de toi à poil, enfin pas tout à fait à poil, habillé que d'une tuque de Père Noël, sans faire rire de toi par ta nana. Je veux dire, elle se fout de ta gueule, bien sûr, je te raconte pas des sornettes, mais c'est du chapeau qu'elle rit, pas de ton seyant (ou non, c'est selon) oriflamme, seule fierté du trentenaire tranquillement bedonnant dans ses oripeaux d'Adam. Ça change le mal du mâle de place, ça t'épargne le complexe de la bite à demi, et c'est pas un avantage à dédaigner, enfin je le crois dur comme fer.

Les cyniques sont si iniques. Bon, tu me diras que c'est nul à chier comme affirmation, mais je te jure, si tu diphtongues « cynique », ça donne le même résultat, en plus t'as l'air linguiste. Si iniques, donc. C'est de la mauvaise foi cette attitude, elle est affectée moi je dis. Et ça se taxe de réaliste, ça se refroidit une fois réchauffé parce que ça été échaudé, ça prétend que tout n'est qu'illusion, qu'il n'y a pas de vrai et gnagnagna et gnagnagna. Alors qu'ils ont le cul entre deux chaises, ou le cœur entre poisse et angoisse, ils prétendent qu'ils sont en sécurité. Bon, c'est pas une image pas très claire tu me diras, mais hein, faut conceptualiser comme on dit dans le business.

C'est pas qu'ils m'énervent, hein, au contraire, je les aime bien, mais ils sont moins moches quand ils sourient les gens, je te l'ai déjà dit.

Et faut pas trop m'en vouloir de la pensée éclatée, j'épluchais tout ça en pelant les patates.

Je t'embrasse.
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Des classiques
Contes

En cette période de réjouissances, rien de mieux que de revoir ses classiques.
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De la superficialité et de la nana des régions
Ma très chère,

J'ai pas été très assidu, je le reconnais, et j'ai même pas de raisons valables à te donner. Mais bon, j'espère que tu me pardonnes, je te ferai de la soupe si t'en as envie.

Il se passe tout plein de choses dans le monde, la Cour suprême a même légalisé la brochette, mais je m'en voudrais de t'en parler, parce que franchement, j'y connais rien. J'suis tout petit, moi, et les grandes considérations, je me plais à les considérer qu'en surface. Y'a un pote à moi, dans ma bibliothèque, qui dit que seuls les esprits superficiels abordent une idée avec délicatesse. C'est pas con quand même. Les esprits graves, c'est du sérieux leur truc. Pas capables de parler pour rien dire, pas capables de baiser pour jouir un rien, pas capables de se marier pour l'argent, pas capables de s'aimer d'une seule main. Tu sais de quoi je parle, dis?

Cela dit (parce que, il faut que je te le dise, « ceci dit » est illogique, hein, j'ai le poil de rein qui me dresse chaque fois que je l'entends à la télé), je voulais te parler un peu de la nana des régions. Va savoir pourquoi, cette espèce qu'on rencontre souvent à Montréal exerce un charme indéfinissable sur moi. Je sais pas si c'est mon envie de chasser l'orignal, mon âme de coureur des bois qui s'est transmuté en coureur de nichons, ou mon pénis qui veut visiter les grands espaces, mais enfin, bref, le contre-nature, c'est pas mon truc.

Tu trouves pas, toi, que la nana des régions est vraie? Mais quel caractère! Quand elle te regarde avec ses grands yeux de sauvagesse, tu sais que tu vas passer à la casserole, mais tu sais pas trop comment. C'est particulièrement vrai si la culottée t'as déculotté, tu sais pas trop si ton intégrité va se retrouver sur le billot ou sous le palais. C'est ce que j'aime, moi, la surprise.

Oh! Il y en a même qui sont instruites. Alors là, c'est le pied! T'imagines discuter littérature bien au chaud sous une peau d'ours qu'elle a elle-même tué? C'est qu'elle prendrait son pied par la suite, je te jure. Le bonheur, c'est vraiment le pied.

Allez, je t'embrasse.
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De Google
Pour la personne qui a découvert mon carnet en cherchant mon nom dans Google, j'ai fait une nouvelle version de mes vérités. C'est dans les archives du mois de novembre.

Google, c'est mal.
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De la cuisine
Alors, l'ennui n'est pas trop hivernal?

Je m'en voudrais de ne pas t'écrire cette semaine même si je manque cruellement de grosconcentration. Mais bon, ça peut tout de même donner des trucs pas trop débiles, être distrait.

Tu vois, hier, j'exerçais mes talents de cuisinier (Dieu sait à quel point ils ont besoin de l'être). Ça me sera bien utile dans une conversation avec une nana gourmande que de lui dire que je voudrais la sauter au poulet, qu'elle pourrait enfourner ma baguette et que je grignoterais bien un morceau de la cuisse après avoir tâté de l'entrecôte. Les nanas, tu peux leur parler cochon après le jambon, tant que tu mets pas trop la gomme sur les ananas.

Je me bricolais une de ces soupes repas (bacon, oignons, patates) idéales pour rafistoler les intestins fragiles et les âmes en peine les soirs d'hiver. La recette demandait un épaississement du bouillon par un mélange de crême sure et de jaunes d'œufs. Or ton serviteur, comme le groscon qu'il est, a été trompé par ces emballages Sans nom et a acheté du fromage cottage à la place. Le pied si on a l'estomac dans les talons et la paresse au cœur.

Ça donne un peu de texture au bouillon.

Dis, tu viens toujours souper chez moi samedi?
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De la question à deux sous
Je me demandais, comme ça : quel est le pourcentage des réguliers du Boudoir qui tiennent un carnet? 70 ou 75 %?
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