lundi, août 11

L'après-Francos 


Depuis quelques jours le temps est maussade ... une alternance d'averses violentes et d'éclaircies fugitives, à l'image de mes propres humeurs: la rosée scintille encore sur l'herbe ce matin, je bois tranquillement mon kawa, profitant à fond de ma retraite et de la vue magnifique que m'offre le lac Désert, loin des tribulations urbaines ...
Cadre idéal pour méditer la route accomplie et le chemin qui reste à faire, laisser passer en essayant de comprendre, les myriades de flashs et de manchettes qui nous parviennent des quatres coins du monde ...

Les tragiques évènements entourant la mort de Marie Trintignant, par exemple, me poursuivent comme un mantra incessant depuis une semaine: j'ai toujours été admiratif de la puissance scénique et poétique du chanteur de Noir Désir, Bertrand Cantat, je le percevais même comme un grand frêre si on peut dire, et pour l'avoir rencontré lors de leur passage au Métropolis au printemps dernier, ayant joué "Pierrot" à l'arrache avec deux potes, comme ça, avant leur deuxième show et pour finir ayant même discutaillé longuement, en backstage avec le loustic, je ne comprends pas: un mec brillant, allumé grave, écorché oui mais ô combien ouvert et généreux de sa personne: on a parlé de bouquins, de Ferré, de chamanisme mexicain, du Tibet, de son fils, Milo, étant moi aussi jeune papa, de la vie de tournée, de prendre tout ça plus roots ...

Alors,comment une âme aussi éveillée peut elle être prise dans un vortex négatif aussi intense? Karma ? Retour de flamme ? Démons dans l'alcôve ou passion dévorante ?

On ne sait pas et quelles que soient les raisons de la folie de son geste, cela n'explique pas l'encre inutile et le torrent de haine à peine contenue jusqu'à sa cellule, les exégèses faciles et la censure galopante sur les stations de radio: j'ai bien envie d'ailleurs de reprendre avec le band "Les écorchés", histoire d'enfoncer le clou après nos déboires radiophoniques suite à la dédicace faite à son égard à notre dernier show des Francos: exorciser était le maitre mot de tout ça, me poser à côté de la multitude grinçante et éclairer la noirceur avec compassion ...
J'ai remis tout cela en contexte dans une lettre ouverte et Anne-Marie Dussault a eu le geste élégant de la lire le lendemain mais tout de même: a-t-on besoin de monter collectivement au créneau de cette façon, de juger aussi âprement quelqu'un avant même qu'il y ait eu un procès en bonne et due forme et finalement de se mêler aussi intimement d'une histoire sous prétexte que les personnes concernées étaient connues du public ?

Autre manchette, chopée dans le Courrier International, cette fois: l'injuste et ubuesque arrestation d'Ali Lmralet, journaliste marocain satirique écroué sous couvert d'avoir insulté le roi et le pays et victime d'articles de loi pour le moins bancroches: au moment où le Maroc semblait s'ouvrir un peu plus aux courants libertaires et après les attentats de cet été, cette nouvelle fait foi d'un élan un brin rétrograde: de l'eau au moulin du combat mené entre autres par reporters sans frontières et qui est loin d'être un cas isolé sur la planète bleue, Cuba nous faisant de l'oeil il n'y a pas si longtemps ... Dans le foulée de mes lectures estivales, des articles passionnants au coeur du Monde Diplomatique de ce mois ci sur nos grands amis les gringos et leur paranoïa grimpante comme un liseron qui étoufferait l'arbre de vie ...

No Pasaran, sur le net, propose des chroniques passionnantes sur les villages anars globals, construits comme une alternative poétique au G8: oui, comment vivre tous ensemble et mettre en harmonie nos différences ?

Et c'est au coeur de mes réflexions quant à la tropa chango pendant cette dizaine de jours off: Léo nous a quitté, comme certains le savent, pour réaliser d'autres affaires et en raison de difficultés à dealer avec mon sale caractère ... et je lui dis "Bonne route mon frêre"... C'est sur, ça soulève des questions et de la poussière, en tout cas si on est pas trop borné: dans un gros collectif comme nous, il y a besoin d'une vision sinon c'est le bordel, d'un capitan dans la cocina tout en privilégiant l'écoute: alchimie subtile faite de pow wows, de compromis et d'entrées/sorties depuis trois ans que La Chango Family est radioactive ...
Idem pour la business, tenir son bout sans être trop raide ou mou du g'nou, notre rapport à la scène, au public et aux autres cercles concentriques comme les médias, la télé et les radios qui ne veulent rien savoir de la vibe chango, à de rares exceptions près: qu'est-ce qu'on fait avec tout ça ? -voir *-

La guérilla, certain, mais comment aller chercher la fibre activiste et militante del publico, sans pression, mais avec des réactions qui se posent en actions ? Oui,depuis quelques temps certains nous écrivent sur Le Chango Book, et nous font part de leurs feelings sur des choses dites pendant et entre les tounes, et on aime beaucoup ça: la scène est une tribune hors du commun et l'on s'en rend compte de plus en plus, sans trop d'abus non plus et de préchi-précha à la con pendant les bamboulas: là on est au coeur de l'affaire, et laissez moi vous dire, y'a d'quoi faire pour allumer la merkabah et faire rocker la casbah !!! Je viens de m'acheter une guitare électrique, checkez bientôt le nouveau matos punky reggae stylee ! High aïe aïe,no me digas, cabron !


Voilà l'été, en tout cas pour quelques semaines encore et pendant qu'on bouffe de la glace à la vanille, comme dit mon pote de Radio Chango, dans son édito rigolo, la gousse en fleur près d'un lac, on va se réveiller comme un lendemain de brosse à la rentrée avec de nouvelles lois répressives dans les gencives ...
Pero los vamos a quedarse "zen in da zion zone", tout en étant actifs, à l'instar de Michael Franti & Spearhead, un groupe reggae dont j'ai fait récemment la découverte: un mystic man qui donne à écouter une belle vibe tissée de conscience et d'éveil et qui fait beaucoup chez lui en Amérique pour sortir son public de la torpeur de la pensée unique ...
Autre perle festive que j'écoute tout en écrivant, Ozomatli, una banda de latinos basée aux States et nom maya du dieu singe, magicien et cousin de Chango: ça doit être de la dynamite live !
Toma Sidibé tourne aussi pas mal sur notre sono en ce moment: un français amoureux de l'Afrique, sorte de croisement entre Tryo et Manu Chao ... c'est frais, les orchestrations sont originales et l'album sonne comme au village; une autre rencontre, forte sur scène et sur disque, c'est Dupain, quatuor de Massilia, qui chante en occitan: mandole, vielle à roue, basse hypnotique, drum tribal ... généreux, simple, intemporel ...

* Allez, on se quitte avec un saut dans l'humour et l'impermanence: j'ai assisté, hier, après une belle balade en forêt, aux dernières touches de la réalisation d'un mandala, par Losang Samten, un tibétain s'étant démis de ses voeux monacaux il y a quelques années maintenant, et qui fût entre autres choisi par le Dalaï Lamaï pour initier l'Occident à cet art spirituel: une trentaine de personnes étaient présentes, le chien d'une amie itou, poussées comme par un hasard magique, vu le peu de publicité faite autour de l'évènement ... un bonheur de le voir travailler, à la fois disponible et entièrement à ce qu'il fait: "a natural mystic flowin' thru the air", un sentiment de paix simple et profond, ponctué d'éclats de rire pendant la cérémonie de thé pour parachever ce beau moment: "Je suis là pour aider, nous a-t-il dit avec le sourire, pour amener un peu de paix, comme vous tous, pas pour vous parler de bouddhisme, pas comme un politicien: il se dégage beaucoup de force d'un mandala, vous savez, et d'avantage encore d'un ensemble de personnes qui vibrent dans la paix."...


Ce que l'on peut faire alors ?



This page is powered by Blogger. Isn't yours?